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Monastère de la Maison de l'Inspir

Les 4 Nobles Vérités

7 Juillet 2020 , Rédigé par Monastère de la Maison de l'Inspir

Les 4 Nobles Vérités

Chers Amis, chères Amies,

- il y a quelques 2600 ans, Siddhârta, après avoir pratiqué de sévères mortifications pendant plus de six années avec différents maîtres, eut un jour l’intuition qu’une voie plus douce était préférable à une ascèse stricte pour mettre un terme à la souffrance. Il décida alors de quitter la forêt et alla prendre un bain dans la rivière Neranjara toute proche. Siddhârta prit beaucoup de plaisir à se rafraîchir dans la rivière parmi les buffles, et lorsqu’il remonta sur la berge pour aller mendier à nouveau sa nourriture dans le village voisin, il perdit connaissance, épuisé et à bout de forces par tant de privations et d’austérités.

Lorsqu’il se réveilla, il vit une jeune fille près de lui qui, apportant de la nourriture aux Esprits de la forêt, tendait dans sa direction un bol de lait. C’était Sujata, du village d’Uruvela. Siddhârta but le lait avidement et sentant combien cela faisait du bien à son corps amaigri, demanda à Sujata un autre bol de lait. Chaque jour Sujata revint apporter du lait et des aliments à Siddhârta qui retrouvait rapidement ses forces. Puis il connut aussi Svasti, gardien de buffles de son état, qui lui confectionna un coussin avec de l’herbe « kusa » pour qu’il puisse s’assoir confortablement. Finalement, tous les enfants du village d’Uruvela vinrent voir Siddhârta régulièrement pour lui tenir compagnie et prendre soin de lui. Siddhârta s’était installé sous un arbre, assis sur un coussin d’herbe « kusa » préparé par Svasti ; c’était un arbre « pippala », de la famille des figuiers, qui deviendrait bientôt « l’Arbre de la Bodhi » que nous appelons aussi l’Arbre de l’Eveil.

Quand Siddhârta fut en mesure de pratiquer à nouveau la méditation, ayant retrouvé suffisamment d’énergie, il résolut de s’assoir sous l’arbre pippala et de ne plus se relever tant qu’il n’aurait pas atteint l’Eveil, tant qu’il n’aurait pas touché et compris profondément la souffrance pour y mettre fin, tant qu’il serait encore préoccupé par les questions concernant la vie et la mort. Siddhârta avait cette intime conviction, cette intuition que ce jour-là, cette nuit-là, il connaîtrait enfin cette profonde réalisation, serait libéré des entraves qui le retenaient encore et deviendrait complètement cet esprit de compréhension et d’amour, cet être éveillé que nous nommons aujourd’hui le Bouddha.

 

Au petit matin de cette nuit-là, Siddhârta atteint l’éveil complet et fut libre de toute affliction.

 

Savourant son nouvel état d’être éveillé, il resta sur le lieu de son éveil pendant quarante-neuf jours, vivant et enseignant aux enfants des villages environnants. Puis après cette période, il se promit de retrouver ses cinq compagnons de pratique dans la forêt afin de partager avec eux ce qu’il venait de réaliser. Après avoir retrouvé ses cinq amis, le Bouddha exposa sa réalisation d’une voie médiane permettant d’atteindre la compréhension et la libération de la souffrance, une voie ni trop rigide ni trop relâchée.

 


 

Les 4 Nobles Vérités

L’enseignement du Bouddha commença par une simple constatation : - l’existence de la souffrance.

Il y a de la souffrance dans nos vies, c’est très clair, il y a même beaucoup de souffrances qui nous affligent ; nous avons peur de mourir, et parfois nous avons peur de vivre, ou nous avons peur de souffrir (c’est la souffrance vis-à-vis de la souffrance), d’être malade, de perdre un être cher… ou de perdre nos biens matériels, notre confort de vie… les exemples sont innombrables !!

 

Puis cette souffrance plonge profondément ses racines dans une nourriture grâce à laquelle elle subsiste : c’est l’origine de la souffrance. Notre façon de vivre, le chemin que nous empruntons pour conduire notre vie aujourd’hui, peuvent nourrir cette souffrance. Ce tableau n’est pas très rassurant, d’abord la première chose qui apparaît c’est la souffrance, puis la seconde chose que nous apprenons, est que cette souffrance plonge ses racines dans notre mode de vie pour se nourrir. C’est la deuxième constatation.

 

Toutefois, le troisième constat que le Bouddha a fait, est que cette souffrance peut s’arrêter, nous pouvons y mettre fin et cela est plutôt une bonne nouvelle : - c’est l’arrêt ou la cessation de la souffrance.

Pour finir, le quatrième aspect de la vision profonde du Bouddha renforce cette bonne nouvelle ; pour mettre un terme à la souffrance, il y a un chemin qui nous amène à toucher et à reconnaître notre souffrance afin de la comprendre et de la transformer : c’est un chemin composé de huit pratiques, le Sentier Octuple. Ce sont des pratiques que nous pouvons mettre en œuvre à tout instant dans notre vie courante. Ces huit pratiques sont la Vue Juste (ou Compréhension Juste), la Pensée Juste, la Parole Juste, l’Action Juste, les Moyens d’Existence Justes, l’Effort Juste, la Pleine Conscience Juste et la Concentration Juste.

 

Ainsi le Bouddha, dans son premier enseignement à ses cinq amis dans la forêt, a proclamé les Quatre Nobles Vérités : - la Souffrance, l’Origine de la Souffrance, la Cessation de la Souffrance et le Noble Sentier Octuple, le chemin qui conduit à la Cessation de la Souffrance.

 

Lorsque nous découvrons l’enseignement du Bouddha sur les Quatre Nobles Vérités, nous pourrions être surpris d’apprendre que la souffrance puisse être « noble » ainsi que son origine. Comment la souffrance pourrait-elle être noble alors même que nous recherchons le plus souvent tous les moyens pour l’éviter et la fuir ?

 

Imaginons que nous soyons des jardiniers cultivant un grand jardin où poussent de nombreux légumes savoureux à souhait et aussi de magnifiques fleurs pour décorer notre maison ou réjouir nos yeux. Sommes-nous bien présents(es) avec nos légumes et nos fleurs ? Oui, nous sommes vraiment là. Nous savons alors que pour avoir de tels légumes et de si belles fleurs, nous avons besoin de terreau, de compost et même de fumier. Donc lorsque nous travaillons la terre, nous rajoutons cet élément nécessaire qu’est le compost ou le fumier pour donner une nourriture plus riche aux plantes qui vont pousser dans notre jardin ; mais nous savons aussi que lorsque nous allons chercher ce fumier ou ce compost pour le mélanger à la terre, cela ne sent pas très bon, surtout s’il fait très chaud !

Nous pourrions dire qu’une rose est noble à cause de sa beauté et de son parfum, et de fait nous dirions que le fumier ou le compost, conditions de la beauté et du parfum de la rose, ne sont pas nobles ; de même pour la boue malodorante lorsqu’elle est remuée, qui permet aux lotus d’épanouir leurs fleurs de si belle manière. Comment alors quelque chose dit « ignoble » pourrait contribuer à la vie d’une autre chose dite « noble » ? Ne faut-il pas qu’il y ait une certaine noblesse dans notre souffrance afin qu’elle soit le terreau de notre transformation ?

 

« Nous avons besoin de souffrance pour voir le chemin. L’origine de la souffrance, la cessation de la souffrance et la voie qui mène à la cessation de la souffrance peuvent être trouvées au cœur même de la souffrance. Si nous avons peur de toucher notre souffrance, nous ne serons pas capables de réaliser le chemin de la paix, de la joie et de la libération. Ne fuyez pas. Touchez votre souffrance et embrassez-la. Faites la paix avec elle. » (TNH – Le Cœur des Enseignements du Bouddha)

 

Durant toute sa vie le Bouddha nous a enseigné une seule chose : la souffrance et la transformation de la souffrance.

 

En son temps Siddhârta a vu qu’il y avait de la souffrance en toute chose à un moment donné ou à un autre moment, dans les êtres vivants animés ou pas, les minéraux, les végétaux, les montagnes, les océans, etc… Aujourd’hui nous pouvons toujours faire le même constat, c’est évident, mais pour autant nous ne devons pas nous laisser emprisonner par cette souffrance. A l’instar du Bouddha nous devons apprendre à reconnaître et à utiliser la présence de la souffrance, en nous et autour de nous, pour toucher ce qu’il y a de beau et merveilleux dans notre vie.

 

« L’océan de souffrance est immense, mais si vous vous retournez, vous verrez la terre » TNH

Les 4 Nobles VéritésLes 4 Nobles Vérités

Thầy nous a enseigné que nous ne devons pas attendre de ne plus souffrir pour être heureux(ses) ou nous autoriser à l’être. Ce n’est pas parce que nous avons de la peine ou des soucis que nous ne pouvons pas apprécier le soleil levant, la beauté des fleurs ou des arbres, ou encore répondre au sourire d’un enfant. En tant que jardiniers nous nous occupons des arbres de notre verger et lorsqu’il y en a un de malade nous en prenons soin, mais nous n’oublions pas de soigner les autres arbres aussi.

 

En terme d’exercice à pratiquer à la maison ou dans notre vie quotidienne, nous souhaitons vous présenter une autre approche des Quatre Nobles Vérités selon l’enseignement de Thầy, une reformulation de ces vérités où nous allons mettre en premier, non pas la souffrance, mais plutôt le Bien-Etre. Le bien-être correspond à la troisième Vérité « La Cessation de la Souffrance », c’est-à-dire : - l’absence de la souffrance laisse place au bien-être. Ce sera notre Première Noble Vérité.

 

Ensuite nous avons un chemin de pratique qui mène au bien-être, c’est le Chemin des Huit Pratiques Justes, ou le Noble Sentier Octuple, qui se situe en quatrième position. Pour nous ici ce sera notre Deuxième Noble Vérité.

 

Notre Troisième Noble Vérité sera La Souffrance ou le Mal-Etre, normalement placée en première position. Ayant reconnu avant toute chose la présence du Bien-Etre et du Chemin qui conduit au bien-être, sans doute serons-nous plus solides pour faire face à notre souffrance par la suite.

 

Et enfin, l’Origine de la Souffrance, habituellement en deuxième position, sera notre Quatrième Noble Vérité. Pour que la souffrance demeure, il lui faut une nourriture et celle-ci se trouve dans notre façon de consommer selon nos énergies d’habitude, nos conditions de vie, notre héritage génétique et/ou spirituel. Thầy a nommé cela le « Chemin Ignoble qui mène au mal être », à l’opposé du Noble Sentier Octuple. Le Chemin Ignoble regroupe les huit pratiques suivantes : la vue ou la compréhension incorrecte, la pensée, la parole, l’action incorrectes ; les moyens d’existence, l’effort ou la diligence incorrectes ; la pleine conscience et la concentration incorrectes.

Les 4 Nobles Vérités

Pratiquons :

 

  • nous sommes assis(es) paisiblement dans un endroit agréable, notre attention dirigée sur le souffle et le corps… j’inspire, j’expire,… je sais que j’inspire, je sais que j’expire,… je suis mon inspiration, je suis mon expiration, du début jusqu’à la fin.

 

  • j’inspire, je reconnais en moi tous les éléments de bienêtre déjà présents

j’expire, je sais qu’il y a des conditions de bien-être présentes en moi et autour de moi

 

  • j’inspire, je suis conscient(e) de la nourriture qui m’amène au bienêtre

j’expire, je sais que ces conditions de vie me rendent heureux(se)

 

  • j’inspire, je reconnais en moi tous les éléments de ma souffrance

j’expire, je sais qu’il y a des éléments de souffrance présents en moi et autour de moi

 

  • j’inspire, je vois les éléments toxiques qui m’apportent de la souffrance

j’expire, je sais que ces toxines nourrissent la souffrance en moi et autour de moi

 

« Le Bouddha a qualifié la souffrance de noble vérité, parce que la souffrance a la capacité de nous montrer la voie de la libération. Embrassez votre souffrance et laissez-la vous révéler le chemin de la paix. » (TNH – Le Cœur des Enseignements du Bouddha)

Les 4 Nobles Vérités

La 4L fourgonnette du Village…

Je voudrais vous raconter ici cette petite anecdote à propos des odeurs et de l’odorat, un court moment inoubliable passé avec Thây dans la 4L fourgonnette du Village durant le petit voyage que nous avions fait entre le Hameau du Haut et le Hameau du Bas.

 

Durant les toutes premières années du Village des Pruniers, les années 80, il n’y avait pas encore beaucoup de monde, il n’y avait pas encore de moines et de moniales, et il y avait très peu de voitures.

C’était un mois de juillet, le mois de la retraite d’été aujourd’hui, et je résidais au Hameau du Bas pour deux semaines.

 

Un jour arriva qu’à l’heure de l’enseignement, les quelques amis et amies qui habitaient le Hameau du Haut venaient d’arriver au Hameau du Bas pour que tous nous puissions écouter l’enseignement sur le Dharma. Mais curieusement Thây n’était pas présent…

C’est alors qu’on m’appela et me dit : « nous avons oublié Thây ! Peux-tu aller au Hameau du Haut avec la 4L pour le chercher ? »

Je n’y croyais pas, avoir oublié Thây !

Alors comme j’avais pris cela pour la « mission de ma vie », je me souviens avoir couru jusqu’à la 4L et avoir foncé jusqu’au Hameau du Haut, et je peux dire que cette 4L avait retrouvé toute sa jeunesse ! Le seul petit problème, et je ne le savais pas avant de prendre la voiture, c’était qu’elle servait à transporter du fumier de vache et de cochon. Il y avait dans cette voiture une odeur affreusement âcre qui vous prenait à la gorge et en plus c’était en juillet avec une bonne chaleur, ce qui n’arrangeait pas vraiment les choses.

J’avais ouvert les deux fenêtres de chaque côté (les petites fenêtres de 4L) et j’aurais même arraché les portes si j’avais pu pour aérer davantage, mais j’étais parti à toute vitesse et vu l’odeur ambiante je crois que j’étais au maximum de la vitesse de la 4L.

Je ne comprends toujours pas aujourd’hui pourquoi je n’avais pas pris ma propre voiture…

D’un côté j’étais très fier d’aller chercher Thây, et de l’autre côté ma fierté était écrasée par l’odeur de fumier dans la voiture ; incroyable.

Finalement j’étais bien arrivé au Hameau du Haut où Thây attendait debout sous le tilleul qu’une bonne âme pense à lui et qu’il ne fasse pas les deux ou trois kilomètres à pied entre les deux Hameaux.

Et dans ma tête tout bouillonnait, j’avais honte de transporter Thây dans cette 4L et je me demandais bien ce que je pourrais dire éventuellement… et, je ne dis rien du tout, car Thây en ouvrant la portière m’avait souri et en s’asseyant à mon côté, je voyais qu’il me souriait encore en me regardant. Alors moi assez timide quand-même, je me mis à lui sourire aussi comprenant instinctivement, et en silence, qu’il y avait en commun pour nous deux cette odeur très forte qui nous accompagnerait jusqu’au Hameau du Bas.

La descente vers le Hameau du Bas ne fut pas aussi rapide que la montée, mais elle fut très silencieuse, comme une sorte de méditation sur le sens de l’odorat, ce qui sûrement ne pouvait en être autrement !

Aujourd’hui je sais bien par exemple que Thây n’aime pas du tout l’odeur du durian, comme il nous l’a déjà raconté plusieurs fois, et je connais aussi l’odeur du durian, mais là je crois que le durian serait passé inaperçu dans la 4L…

 

Pour finir à propos de l’odeur de fumier, cette petite aventure me ramena dans le passé lorsque je devais travailler à la ferme et nettoyer l’étable des vaches et la vieille porcherie où l’odeur était tellement forte et dense que je devais sortir respirer l’air frais régulièrement ; le curage de la porcherie était réservé aux enfants car c’était tout petit et seul les enfants tenaient debout à l’intérieur. C’était un travail difficile, obligatoire, dont le seul souvenir fait remonter cette odeur tout de suite, et la souffrance qui en découlait à ce moment-là.

 

J.P.R.

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Christophe 07/07/2020 15:24

Merci Beaucoup!