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Monastère de la Maison de l'Inspir

Entretien avec Sœur Giác Nghiêm, 1ère partie

23 Avril 2019 , Rédigé par Maison de l'Inspir

Entretien avec Sœur Giác Nghiêm, 1ère partie

Entretien avec Sœur Giác Nghiêm

 

Chère notre grande sœur, pourriez-vous partager avec nous votre voyage spirituel? Quand avez-vous commencé votre voyage ?

 

Je suis née dans une famille catholique, vraiment très croyante et avant même de naître, j’étais déjà prise dans ce berceau spirituel chrétien. Et ma vie s’est déroulée au Maroc dans un monde où trois religions vivaient en harmonie : il y avait les musulmans, puisque nous étions en terre musulmane, il y avait les juifs, parce qu’ils vivaient ensemble en harmonie à ce moment-là, et il y avait les chrétiens, puisque le Maroc était un protectorat, où le Sultan gardait sa position par exemple, c’était différent d’une colonie.

Et j’ai vécu une vie très spirituelle depuis toute petite. Nous faisions des prières avant de manger, avant d’aller nous coucher, quand on avait du chagrin ou quand on faisait des bêtises, on demandait toujours pardon à Jésus, des choses comme ça. J’ai reçu la première communion vraiment très jeune, je n’avais pas 6 ans. Et mes parents avaient développé, avec mes grands-parents, une vision profonde très belle, nous disant que nous vivions dans un pays qui ne nous appartenais pas, dont il fallait à tout prix regarder en profondeur la religion, la culture, la nourriture, connaître leur art, les poèmes, les chants, tout comprendre, pour pouvoir vivre avec. Donc mes parents ont appris à parler arabe, j’ai appris à parler marocain aussi, petite, mais je ne suis pas restée assez longtemps pour bien parler, je suis restée jusqu’à l’âge de 13 ans. Et au point de vue religieux, il y avait cette ouverture, ma maman m’avait fait voir que chaque religion avait un lieu de prière : la mosquée, ou la synagogue, ou l’église ; que dans la mosquée il y avait un symbole : l’Étoile et l’arc de lune, le Candélabre à sept branches chez les juifs et la Croix chez les chrétiens, qu’il y avait trois livres : le Coran chez les musulmans, la Torah chez les juifs et l’Ancien Testament et le Nouveau Testament chez les chrétiens ; dans chaque endroit des personnes venaient pour prier et il y avait quelqu’un pour officier : le rabbin, le prêtre et l’imam, qui enseignaient. Donc c’était très ressemblant. Et Maman disait que tant que les personnes qui venaient à ces endroits-là respectaient les préceptes de leur tradition - qui sont très ressemblantes - et qu’ils avaient le cœur d’aimer les personnes, de les accueillir chez eux, de leur porter secours, même aux ennemis, quand ils sont blessés, etc. alors on pouvait dire qu’ils priaient Dieu. Donc j’ai vécu dans un monde spirituel dans lequel les religions étaient reliées, il n’y avait pas de séparation et pas de guerre de religion. Donc Maman, qui avait beaucoup étudié l’Ancien et le Nouveau Testament, le Coran et la Torah, s’asseyait avec les sages pour parler religion, pour comparer les religions, donc je suis née dans un endroit très particulier.

Avez-vous déjà eu l'idée qu'un jour vous deviendrez moniale quand vous étiez petite fille ?

Quand j’avais 8 ou 9 ans, j’étais à l’église St François d’Assise à Casablanca avec toute ma famille (on vivait tous ensemble), et il y avait des grilles et des grand voilages derrière, et on entendait des voix délicieuses, comme des anges. J’ai demandé à Maman « qui chante comme ça ? » et elle m’a dit « ce sont les Clarisses, les sœurs de Sainte Claire d’Assise, qui chantent », « et qu’est-ce qu’elles font ? » « Elles donnent leur vie pour Dieu. » Et alors j’ai dit : « moi aussi je veux donner ma vie pour Dieu, je voudrais devenir comme elles, mais je veux danser pour Dieu. » Elle m’a dit « ça, pas question. » - à 8 ou 9 ans ce n’est pas possible, et puis danser pour Dieu n’était pas une idée qu’on avait dans la tradition chrétienne.

Et j’ai été élevée avec la vie des saints, depuis toute petite, on me racontait la vie de Saint François d’Assises, de Sainte Claire, de Sainte Thérèse d’Avila, j’ai vécu avec les saints. Ma grand-mère aussi était très religieuse et pour Paques et les Jeudis Saints, elle m’emmenait pour faire le chemin de la croix, ou on voyait Jésus mourir. Donc j’ai eu une vie extrêmement intense sur le plan spirituel. Et j’ai toujours gardé ça, même maintenant, ça fait partie de ma chair, c’est quelque chose qui devait certainement exister bien avant et c’était simplement la suite.

Le désir très profond de devenir une moniale s’est représenté pour moi quand j’ai  vécu chez les sœurs, chez les Saint Charles à Charly à coté de Lyon, nous étions rentrés en France, mes parents se sont séparés et je suis allée chez les sœurs de Saint Charles. Et là j’ai eu envie de devenir sœur : la cloche qui sonnait le matin, les sœurs qui marchaient dans les couloirs en silence... j’étais passionnée et je voulais vraiment devenir sœur. Et Maman m’a dit « Tu es faite pour être une maman, pas une moniale » Et quand on est petit on croit beaucoup ce que disent les parents. Donc plus tard, j’ai rencontré mon futur mari, puis je me suis mariée, mais il n’avait pas de lien avec la spiritualité « officielle ». C’est un homme très spirituel, très généreux, mais qui n’allait pas à la messe par exemple, qui ne lisait les livres d’aucune tradition spirituelle. Donc j’ai pris l’habitude de ne pas aller à la messe, mais je n’ai pas voulu couper cet arbre, alors j’ai continué à avoir ma vie spirituelle intérieure très importante, sans la manifester à l’extérieur. Mais au moment de mon mariage, je dit à mon mari : « il faut que tu fasses très attention, tu épouses deux femmes : une religieuse authentique, elle est là, elle sera toujours là, et tu épouses une femme qui peut devenir maman, t’accompagner dans ta vie - il allait devenir médecin -, qui sera toujours à tes côtés, qui pourra recevoir du monde, sortir, etc. ça ne me gêne pas du tout, c’est la partie de ma maman et elle est bien développée en moi, j’en suis capable, mais tu dois savoir que tu épouses une religieuse. » Donc il faudra faire attention à moi.

Donc je n’avais pas quitté ce désir d’être religieuse et j’avais aussi prévenu mes enfants que si un jour dans le futur, quand ils seraient adultes, si leur papa venait à mourir ou qu’il me quittait, je leur demanderais la permission d’être religieuse. De toutes manières pour moi, être religieuse, c’était la moitié de mon corps et c’était une aspiration de petite fille. Voilà, je peux dire que j’accomplis mon deuxième destin. Mon premier destin, c’était d’être maman, avec des enfants, un mari et une vie sociale très développée ; et mon second destin n’était pas visible, mais il a toujours été là.

 

 

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Leina 26/04/2019 19:15

Merci ma sœur ! Je peux entendre votre voix douce de conteuse dans ce récit.

Felipe 24/04/2019 20:37

Merci infiniment Chere Grand Soeur????????

Eric 24/04/2019 16:31

Merci de ce merveilleux témoignage, Soeur Giàc Nghiem. Mais maintenant je souhaiterai savoir pourquoi ne pas avoir choisi une voie monastique chrétienne, tradition dans laquelle vous avez baigné toute votre enfance ?

Malnar 23/04/2019 21:58

C'est touchant, émouvant, le partage de notre chère soeur Elisabeth, merci chère soeur pour ce très beau partage. Sylvie

Valérie 23/04/2019 17:58

Mille Merci, je suis très émue par ce moment de partage.

boulbin 23/04/2019 18:18

quel beau témoignage