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Monastère de la Maison de l'Inspir

                                           CINQUIEME MESSAGE DE LA RETRAITE D'HIVER

18 Janvier 2019 , Rédigé par Maison de l'Inspir

                                            CINQUIEME MESSAGE DE LA RETRAITE D'HIVER

Chers amis,

nous voici à la fin de la neuvième semaine de la retraite d'hiver, il en reste quatre encore devant nous, "quatre semaines toutes nouvelles devant nous", comme dit le gatha du début de la journée :

en me réveillant le matin je souris

j'ai vingt quatre heures toutes nouvelles devant moi

je fais le vœu de les vivre dans la pleine conscience

et de porter sur le monde qui m'entoure un regard plein d'amour

 

Quatre semaines toutes nouvelles, au début de cette année toute nouvelle aussi, avec les jours qui commencent à rallonger.

Est-ce que nous sourions ? ou est-ce difficile pour nous de sourire, en ce moment ?

est-ce que nous sommes d'accord pour que cette année, ces huit semaines, ces vingt quatre heures, soient nouvelles ?

Vingt quatre heures, c'est-à-dire nuit comprise : notre pratique de la pleine conscience peut très bien être ininterrompue, il n'y a pas des moments précis à lui consacrer, bien concentrés sur nos coussins, et ensuite on s'ébroue comme un jeune chien qui sort de l'eau, et on passe à la vie "normale", en laissant un peu derrière nous sur le dit coussin notre attention, notre concentration, notre vision profonde.

Nous connaissons tous cette expérience, n'est-ce pas ? mais tous aussi dans le secret de notre coeur nous savons bien que ce "concentré de méditation" que nous nous exerçons à vivre sur nos coussins, est là pour nous aider à continuer à laisser s'épanouir la fleur de la pleine conscience dans toutes nos pensées, toutes nos paroles, toutes nos actions. Pour certains d'entre nous d'ailleurs ce n'est pas le temps de la méditation assise qui aide le plus à mettre en mouvement cette belle énergie. Pour certains c'est davantage la marche méditative, pour d'autres la contemplation de la beauté, ou bien une lecture, ou une conversation...rien n'est étranger à la pleine conscience, tout se tient.

 

Dans l'enseignement du 7 juin 2014, qui a été écouté à la Maison de l'inspir le jeudi 10 janvier, nous retiendrons aujourd'hui pour nous aider sur ce chemin de renouvellement, deux thèmes parmi tous ceux que Thay aborde dans cet enseignement si dense de ce jour-là : le thème de l'attention appropriée, qui est celui de la première partie de l'enseignement, et le thème de la nature non duelle du 7ème et du 8ème corps. ( Vous pouvez le trouver en cliquant ici et ici)

 

 

L'attention appropriée, comment "créer de nouveaux chemins neuronaux"

 

Thay commence par évoquer la liste des 51 formations mentales, qu'il nous invite à consulter, non pour les apprendre par coeur mais parce que, dit-il, "c'est très pratique de reconnaître les formations mentales qui se manifestent en nous. Vous pouvez être conscients de ces formations mentales, vous pouvez les reconnaître, et vous pouvez en prendre soin."

Ce n'est pas pour acquérir un savoir que Thay nous invite à regarder cette liste, c'est pour nous aider à voir ce qui se passe en nous, et à prendre soin.

 

Il parle alors en particulier de l'une de ces 51 formations mentales, l'attention, il en parle de façon très pratique.

L'attention cela veut dire : "l'esprit est orienté vers un objet; l'esprit touche un objet, l'esprit est dirigé vers un objet [...] quand l'objet de votre attention amène la paix et le bonheur, alors c'est appelé l'attention appropriée ; lorsque vous prêtez attention à un objet qui amène l'avidité, la colère, la jalousie, c'est appelé l'attention inappropriée."

Dans la pratique quotidienne du Village des Pruniers, explique Thay "nous avons organisé notre environnement de manière à ce que, où que nous allions, nous puissions toucher des objets qui nous mènent à ces bonnes choses - la compréhension, la joie, le bonheur- et nous évitons d'entrer en contact avec des objets qui nous mènent à des choses négatives, comme la colère, la peur, la jalousie, etc..."

                                            CINQUIEME MESSAGE DE LA RETRAITE D'HIVER

Téléchargez les 51 formantions mentales

C'est très simple, n'est-ce pas ? mais quelle pratique magnifique, cette pratique de l'attention appropriée, cette organisation de notre environnement pour la favoriser ! et par cette pratique nous arrosons les graines dont nos formations mentales sont la manifestation.

"Par exemple, si nous sommes face à un arbre et respirons consciemment pendant cinq minutes, nous arrosons pendant cinq minutes nos graines de bonheur et les rendons plus résistantes. Pendant ce temps, les autres graines, celles de la peur ou de la peine par exemple, n'auront pas été arrosées. Telle doit être notre pratique quotidienne. (La Plénitude de l'instant, chapitre III, p. 31, éd. Danglès 1994)

Quand nous sentons que les événements de notre vie, ou du monde autour de nous, nous "prennent la tête", comme on dit, quelle bonne idée de tourner un tout petit peu la tête d'un autre côté, de regarder un objet qui nous apaise.

Quelquefois c'est difficile à faire seul, et nos amis nous y aident, ou nous y aidons nos amis.

 

L'objet avec lequel notre attention entre en contact, la sensation qui se manifeste alors, ces trois formations mentales, l'attention, le contact, la sensation, il s'agit, dit Thay d'en être "toujours conscients" ; et cette conscience va nous permettre de sortir de la répétition de nos réactions. "Vous pouvez changer votre esprit (...), vous pouvez créer de nouveaux chemins neuronaux." Si nous écoutons ces mots de toutes nos oreilles, c'est vraiment une très bonne nouvelle !

Thay prend pour exemple un moment de notre vie que nous expérimentons tous, que nous ne connaissons que trop bien : quelqu'un, par une parole qui nous blesse, réveille en nous la formation mentale de la  colère.

"Il dit une phrase désagréable ; vous êtes en contact avec cette phrase (...) vous portez attention à ce qu'il a dit, cela vous donne une sensation désagréable, et cela vous donne la perception que cette personne a essayé de vous faire souffrir ; et bien sûr l'action-réaction c'est de dire quelque chose en retour, de réagir ; et vous croyez que si vous pouvez vous exprimer, si vous pouvez le faire souffrir, cela va vous soulager."

Thay remarque que tout cet enchaînement se fait très vite.

Et l'escalade de la colère peut se mettre en place.

 

Sauf si...

sauf si nous introduisons un autre ingrédient, et "permettons" à la pleine conscience d'intervenir. C'est-à-dire si nous entrons en contact avec la pleine conscience, et lui permettons de porter attention à ce qui se passe en nous ; alors notre attention se détourne de la rumination de la phrase de l'autre, et se porte sur la colère en nous ; l'objet de notre attention devient notre colère : elle est là (pas la peine de se désespérer, je ne suis pas une personne atroce, elle est en chacun) ; et en ce moment elle se manifeste bruyamment, je suis en colère ! eh oui !

 il s'agit à ce moment-là de ne pas tomber dans le piège de la justification : 'c'est bien normal que je sois en colère, avec ce qu'il vient de me dire...'...là, nous nous perdrions à nouveau. 'Non, pour le moment oublie cette phrase qu'il t'a dite, et calme-toi ; tu sais bien que si tu ne te calmes pas, la situation va empirer'.

 

Eh oui, nous savons bien ! "Vous savez, mais vous prétendez ne pas savoir ; vous comprenez, mais vous prétendez ne pas comprendre".

En disant cela Thay fait appel à ce que nous savons vraiment, non pas d'un savoir livresque ; par exemple quand nous disons 'oui, oui, je sais, je connais cet enseignement'...quand nous disons cela c'est comme si nous cachions notre vrai savoir, car le vrai savoir ce n'est pas ça, le vrai savoir c'est une compréhension qui nous permet d'agir.

Thay fait appel à ce savoir profond, à ces graines de compréhension que nous avons tous ; nous n'avons pas à nous vanter de savoir ou de comprendre : ça, c'est le faux savoir, nous avons seulement à "permettre" à la pleine conscience, à la compréhension, d'être là. Avec douceur, entrer en contact avec elles. "Vous pouvez parler à votre cerveau"

 

Laisser la pleine conscience être là.

"La pleine conscience, ce n'est pas la répression".

Nous ne réprimons pas notre colère, nous ne voulons même pas nous en débarrasser, nous voulons seulement la voir.

La pleine conscience nous permet de reconnaître, sans culpabilité, sans désespoir, la présence de cette colère. Et à mesure que nous nous calmons, nous  reconnaissons une autre sensation que la colère : la souffrance ; eh oui, nous souffrons !

Si nous acceptons de nous voir ainsi, de nous recevoir, avec toutes nos difficultés et toutes nos capacités, alors nous sommes tout prêts à voir l'autre.

Car c'est le même aveuglement qui nous empêche de nous voir et de voir l'autre.

La pleine conscience éclaire les deux en même temps.

 

"Et si vous pratiquez bien, la pleine conscience va vous dire que l'autre personne souffre aussi (...) si elle ne souffrait pas elle n'aurait pas fait quelque chose comme ça, elle n'aurait pas dit quelque chose comme ça"

 

Nous reconnaissant ainsi compagnons de souffrance nous pouvons commencer le processus de nous parler avec amour, de nous écouter profondément, et l'enjeu de la parole n'est plus d'avoir raison... ouf !

 

Le moment de bascule c'est ce moment où la pleine conscience, invitée par nous, permet de voir la souffrance chez nous-même, et chez l'autre.

Si nous pouvons expérimenter ce moment, à la fois extraordinaire et tout simple, nous créons "un nouveau chemin neuronal", "ça demande de l'entraînement" remarque Thay avec humour.

Mais ce qui est merveilleux c'est que plus ce chemin se dégage en le pratiquant, plus il devient facile à prendre - comme dans la campagne, si nous empruntons le même chemin dans les herbes hautes  jour après jour, doucement peu à peu les herbes se couchent et apparaît un chemin bien visible à la rencontre de nos pas.

Et finalement, quand la colère monte à propos d'une parole de l'autre, les mots qui nous viennent presque aussitôt sont 'je suis en colère, je souffre' et 'lui aussi, il souffre'.

Bien sûr nous ne réussissons pas toujours, et parfois nous nous égarons encore dans les broussailles de la colère incomprise.

Mais c'est possible.Thay le décrit très bien, avec une délicatesse de dentellière, et nous pouvons en faire l'expérience, et entendre l'expérience qu'en font les amis que nous rencontrons. Et nous encourager ainsi à vivre de plus en plus sur "des chemins qui emmènent la réconciliation, le pardon et la paix, et l'harmonie."

 

Ce chemin de l'unité, Thay continue de le développer dans la suite de cet enseignement du 7 juin, en reparlant des différents corps (sujet abordé dans l'enseignement précédent), et plus spécialement du 7ème et du 8ème corps.

 

 

"Le cosmos et la vraie nature du cosmos sont la même chose"

"La nature non duelle du 7ème et du 8ème corps, vous devez la voir"

 

Thay commence par évoquer le 1er et le 8ème corps...donc, n'oublions pas le corps humain !  (c'est ce qui est magnifique dans cet enseignement, c'est que nous y trouvons à la fois la description très concrète d'une situation quotidienne, analysée dans tous ses détails, et que dans ce concret nous pouvons découvrir la vraie nature du cosmos.)

 

"Au début, nous voyons les choses comme existant les unes en dehors des autres...

puis nous voyons que toutes les créatures vont ensemble, nous ne pouvons pas enlever un phénomène d'un autre."

Ainsi, celui qui tout à l'heure me disait une parole désagréable, et moi, qui voulais le punir, nous ne sommes pas des créatures séparées :  sa parole désagréable m'a blessée, mais il s'est blessé lui-même en même temps en la disant, et si je m'apprête à le punir, je me punirai moi-même en le faisant.

 Si nous voyons ainsi que tous les deux nous ne sommes pas des créatures séparées, si nous nous comprenons, nous n'aurons pas envie de nous blesser l'un l'autre.

Si nous cherchons à nous blesser, c'est que nous sommes dans l'ignorance de notre non-séparation.

Ainsi la glace du Pôle Nord, l'Océan, la source, le nuage, le thé, la vapeur d'eau pourraient se disputer : 'moi, la même nature d'eau que les autres ? dirait la glace, c'est ridicule...moi qui permets aux ours de marcher sur une surface ferme et solide, moi qui leur permets de vivre, je n'ai rien à voir avec l'eau dangereuse où ils risquent de se noyer, de mourir !' 'moi, dirait l'Océan, je suis si vaste et grandiose, j'abrite tellement de milliers de vies, je porte les bateaux, qu'ai-je à voir avec la source minuscule qui sort à peine de terre ?' 'moi, dirait la source, je connais les profondeurs de la terre, je viens d'un monde inconnu de vous tous, glace et océan, vous qui vous vantez ! je suis si pure, si légère, si fraîche, toi la glace tu es dure, toi l'océan tu es violent et salé, nous n'avons rien de commun !' 'et moi dirait le nuage, je suis tellement au-dessus de vous, comme vous me paraissez petits, comme je suis libre dans le ciel, allant, venant, changeant de forme, je côtoie le soleil !' et la vapeur d'eau pourrait ajouter son refrain 'vous me verriez sourire avec apitoiement si vous pouviez me voir, mais je suis invisible, cela me rend encore plus libre que toi le nuage ; insaisissable ! comme je suis puissante sous ma cape d'invisibilité !'

Seul le thé dans un verre du Village des Pruniers, tout empreint de méditation, s'adresserait aux autres avec courage : 'chère glace tu te désoles de fondre, mais regarde, tu ne meurs pas, tu deviens l'Océan qui nourrit les poissons ; cher Océan la source et toi sont de la même eau, la source est devenue rivière, fleuve et finalement a trouvé refuge en toi, vous ne faites qu'un ; vois-tu chère source que tu es la source de l'Océan, et de la glace quand il fait si froid qu'il devient solide ? et toi le nuage, grâce à toi toutes les eaux de la terre connaissent la joie de monter vers le ciel, de s'y déployer, et de retomber en pluie qui arrosent les champs des hommes ; grâce à la pluie sur les plantations de thé, mon eau dans ce verre a pu se parfumer délicieusement ; et dans ce verre je ne me sens pas à l'étroit,  je me vois encore nuage, vapeur, Océan, source, iceberg...nous sommes l'eau sous toutes ses formes changeantes !'

 

Comme le rappelle Thay dans cet enseignement, l'exemple de l'eau et de la vague nous permet de comprendre facilement l'inséparabilité qui nous constitue ; nous souffrons beaucoup de nos divisions, de nos aveuglements, mais souvenons-nous "la vague n'a pas besoin d'aller chercher l'eau, nous n'avons pas besoin d'aller chercher Dieu", il suffit de voir que l'eau est dans la vague, Dieu en nous, l'ainsité dans le corps cosmique, que le sujet et l'objet ne sont pas extérieurs l'un à l'autre, mais se manifestent ensemble, que l'union que nous recherchons, parfois si désespérément, nous pouvons la constater tout de suite, si nous regardons bien, car nous en sommes faits. "Vous ne pouvez pas retirer l'Ultime de vous-même"."La vague, quand elle sait qu'elle est l'eau, elle est libre".

 

Alors chers amis, dans la liberté de la vague et des bambous violets, bonne continuation  !

                                            CINQUIEME MESSAGE DE LA RETRAITE D'HIVER

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