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Monastère de la Maison de l'Inspir

La Vue Juste

12 Août 2020 , Rédigé par Monastère de la Maison de l'Inspir

La Vue Juste

« La vue juste est, avant tout, une compréhension profonde des Quatre Nobles Vérités – notre souffrance, l’origine de notre souffrance, la possibilité de transformer notre souffrance et le chemin de transformation » TNH-Le Cœur des Enseignements du Bouddha

 

Lorsque la souffrance se présente, elle devrait être reconnue et identifiée, pour la comprendre et la « voir ». La souffrance peut se manifester avec la maladie, la vieillesse et la fin de la vie ; elle peut aussi apparaître avec la peur de perdre nos proches, nos amis(es), nos biens matériels ou financiers. Toutefois, l’attitude qui consiste à dire que la souffrance est présente partout dans la vie, nous amènerait peut-être à croire que tout est souffrance ; cette façon d’interpréter l’enseignement se révèlerait alors peu saine en créant en nous un possible état de souffrance supplémentaire.

Ce serait alors « la souffrance de notre propre souffrance » (dukkha dukkhata).

 

Le Bouddha n’a pas enseigné que nous devions souffrir, simplement le Bouddha a constaté la présence de la souffrance et que celle-ci a une origine, une nourriture, qui plonge ses racines dans notre mode de vie, alimentée par des pratiques qui ne nous apportent pas de bien-être.

Mais le Bouddha a aussi constaté que la souffrance pouvait être arrêtée et transformée, en suivant un chemin de pratiques dites « justes » car elles apportent au corps et à l’esprit du calme, du repos, de la guérison. En résumé, si le Bouddha a proclamé « il y a de la souffrance », il a aussi proclamé en même temps « il y a la cessation de la souffrance », en nous montrant un chemin composé de huit pratiques à suivre pour goûter tout de suite au bien-être et ne plus se perdre dans l’illusion.

 

Thầy nous propose aussi de constater la présence de la « création de la souffrance ».

En effet, pour échapper ou masquer notre souffrance, nous avons souvent l’habitude de la fuir par la consommation ou en vivant comme dans un rêve, et nombre de nourritures peuvent être toxiques pour notre corps et notre esprit. Et après un certain temps, nous ne nous sentons pas mieux, voire plus mal, parce que nous avons généré de nouvelles souffrances s’ajoutant à celles qui sont déjà là.

 

Il n’y a pas non plus, selon l’enseignement de Thầy, une seule souffrance, mais plutôt, autant de souffrances que de formations mentales non bénéfiques : - lorsque nous avons de l’avidité, nous souffrons de l’avidité ; si cela est de la jalousie, nous souffrons de la jalousie ; et si c’est de la colère alors nous souffrons de la colère. Chaque souffrance est spécifique, et chaque souffrance devrait être reconnue et « vue » pour ce qu’elle est vraiment : l’avidité, la jalousie ou la colère.

 

La souffrance est toujours la souffrance de quelque chose, soit à propos de l’avidité, de la jalousie ou de la colère… ou la tristesse, le désespoir, la peur… La souffrance n’est pas un état universel. De nombreuses souffrances peuvent se manifester dans l’existence d’une personne, parfois créées par elle-même, et de nombreuses racines peuvent alimenter ces souffrances ; cependant, l’avenir n’est pas inéluctable, car nous pouvons entrer en contact avec ces souffrances pour les toucher et les embrasser au moyen de pratiques et de comportements bénéfiques, sains, déjà présents en nous-mêmes. Cela peut se faire dès maintenant, à cet instant, si nous le désirons vraiment, en changeant notre regard sur notre mode de consommation et notre mode de vie, en changeant notre « point de vue » sur notre souffrance.

 

« Là où la souffrance s’arrête, la joie se manifeste aussitôt » TNH

 

En reformulant l’ordre des Quatre Nobles Vérités, Thầy nous demande de reconnaître tout d’abord la présence du Bien-Etre, c’est-à-dire l’arrêt de la souffrance. Cette façon de « voir », est une pratique concrète du chemin des huit pratiques justes qui mène à ce bien-être.

 

Il y a en nous des racines, des graines, bonnes et mauvaises ; ces graines sont stockées dans un espace que nous nommons « la Conscience du Tréfonds ». Cette conscience est un peu comme une sorte de grenier où autrefois les paysans entreposaient le blé, le sarrasin, les haricots secs, l’avoine, le maïs, ou d’autres graines plus petites… et même des pommes de terre à faire germer pour le printemps prochain. Mais parfois, il y avait des dégâts dans le stock où se trouvaient alors d’autres graines, d’autres germes, comme de la moisissure, des champignons, qui pouvait fort bien détruire très rapidement notre stock de bonnes graines.

 

Cette conscience du tréfonds est toujours là, disponible, avec toutes ses graines, n’attendant que les conditions favorables pour germer et s’épanouir dans notre mental. Et, selon les conditions particulières qui seraient les nôtres à un instant donné, nous pourrions alors être une personne agréable ou au contraire désagréable, nous pourrions être cet enfant maltraité ou bien cette personne, ce parent, qui maltraite son enfant. Ou encore, si nous sommes des personnes sincères, nous avons aussi des graines de mensonge emmagasinées dans notre tréfonds, ou bien si nous sommes très calmes habituellement, rien n’exclut que nous puissions être tout à coup très en colère contre une autre personne, même amie, ou nous-mêmes.

 

La première pratique du Sentier Octuple Noble est « La Vue Juste » (samyag drishti)

 

La vue juste est une pratique qui nous permet de distinguer ce qui est « sain » de ce qui est « malsain » Shariputra

 

En effet, si nous sommes capables de reconnaître en nous les graines bénéfiques, nous pouvons les nourrir ou les arroser, afin qu’elles se renforcent et se manifestent plus souvent dans notre conscience mentale. Et lorsqu’elles sont déjà manifestées, essayons de les garder le plus longtemps possible en continuant à leur apporter beaucoup d’attention, tout comme le ferait un jardinier avec ses roses.

 

Une des premières graines que nous pouvons arroser, c’est la graine de pleine conscience qui se trouve présente en chacun(e) de nous. Cette graine c’est notre capacité de transformation et de libération dans notre esprit. Elle arrête la création de nouvelles souffrances laissant apparaître aussitôt un état de bien-être. La pleine conscience est porteuse d’une énergie bénéfique qui nous apporte de la détente, du calme, du repos, et nous permet de voir la beauté, toucher la paix et la joie, nourrir la confiance.

 

«La Vue Juste c’est reconnaître les bonnes graines et faire en sorte qu’elles soient arrosées » (Thầy)

 

Si nous ne voyons que la souffrance partout où se pose notre regard, nous arrosons alors la graine de la souffrance et restons aveugles à toute la beauté présente en même temps que la souffrance. Au contraire, si nous percevons les éléments de bien-être déjà disponibles en nous, nous arrosons les graines bénéfiques correspondantes, et en aucun cas, nous oublions la présence de la souffrance : nous en sommes pleinement conscients(es), mais d’une manière plus paisible.

 

Lorsque nous contemplons une fleur, nous pensons peut-être que cette fleur a une identité propre et nous sommes sûrs(es) de voir une fleur ; mais avec une vision plus juste, nous verrons aussi le soleil, la pluie, les nuages, le jardinier… nous nous verrons nous-mêmes dans cette fleur et la fleur sera nous aussi. Alors la fleur ne serait plus tout à fait la fleur, elle serait bien plus que cela !

 

 

La Vue Juste

En pratique (exemples de pratiques) :

 

- pour entrer en contact avec notre souffrance, pour la reconnaître, l’identifier et la comprendre, nous avons tout d’abord besoin de nous arrêter ; c’est la pratique de « samatha ».

Notre premier exercice sera donc « l’arrêt ». L’arrêt c’est toujours l’arrêt de quelque chose, l’arrêt du corps, l’arrêt des pensées dispersives, l’arrêt de l’activité mentale qui nous conduit à l’oubli…

 

L’arrêt c’est le retour à soi, à son corps et à son souffle, dans le calme et la détente.

 

- nous prenons un temps pour nous assoir ou nous allonger ; si nous avons une petite cloche nous pouvons inviter trois sons de cloche.

 

  • j’inspire, je sais que j’inspire

j’expire, je sais que j’expire

 

  • j’inspire, je calme tout mon corps

j’expire, je relâche les tensions du corps

 

  • j’inspire, je reconnais la présence de la souffrance en moi

j’expire, je sais qu’il y a une souffrance en moi

 

  • j’inspire, je suis conscient(e) de la souffrance en moi

j’expire, j’accepte la présence de la souffrance en moi

 

  • j’inspire, j’accueille la souffrance en moi

j’expire, j’embrasse la souffrance avec bienveillance

 

  • j’inspire, je suis conscient(e) de la cause de ma souffrance

j’expire, je suis conscient(e) de l’apparition de ma souffrance

 

  • j’inspire, je suis conscient(e) des conditions à l’origine de ma souffrance

j’expire, je comprends les causes et les conditions à l’origine de ma souffrance

 

  • j’inspire, je me sens comme un caillou qui tombe au fond de l’eau de la rivière
  • j’expire, je me sens comme un caillou qui repose au fond de l’eau, sur le sable blanc

 

 

 

« Cheminant dans la campagne, ce matin de bonne heure,

Le corps et l’esprit se rejoignent au firmament ;

Chaque pas, chaque souffle, est aussi frais qu’une fleur,

Dans la brise, les arbres livrent leur enseignement. » (CLT)

 

 

La Vue Juste

Témoigage

Lorsque j’entrais en contact pour la première fois avec les Quatorze Entraînements à la Pleine Conscience, je fus immédiatement très touché par ces entraînements et j’y adhérais complètement, même si quelque part je savais, sans doute inconsciemment, que leur réalisation me serait difficile pour beaucoup d’entre eux, voire impossible pour certains autres. Mais je savais que c’était là mon chemin, et peu importe le temps qu’il faudrait pour le suivre. Cependant certains entraînements, ou plutôt certains points dans les entraînements, me paraissaient tout à fait accessibles, et d’emblée j’optais pour ceux-là en priorité, pour les « étudier, les observer et les pratiquer », comme il nous était demandé très régulièrement à chaque récitation, c’est-à-dire tous les semaines.

Je voudrais vous livrer ici certaines phrases qui m’ont le plus touché à ce moment-là :

« …empêcher toute tentative de s’enrichir de la souffrance humaine »

« Ne pas tuer. Ne pas laisser les autres tuer. »

« Ne pas investir dans les compagnies qui enlèvent aux autres toutes chances de vivre »

« Ne pas garder colère et haine en soi »

« Ne pas forcer les autres, y compris les enfants, à adopter nos points de vue par quelque moyen que ce soit »

Mais l’entraînement qui m’était le plus « cher », était bien le premier entraînement qui disait ceci :

« Ne pas faire de quelque doctrine, théorie ou idéologie que ce soit, y compris le Bouddhisme, une idolâtrie. Les systèmes de pensée Bouddhique doivent être considérés comme des guides pour la pratique et ne doivent pas être pris comme la vérité absolue »

Cette version du premier entraînement à la pleine conscience est ancienne, je l’ai reçue en 1986. Aujourd’hui, nous avons d’autres mots qui ont été rajoutés, comme « Ce ne sont pas des doctrines pour lesquelles nous nous battrons, nous tuerons ou nous mourrons » ou « …le fanatisme, quelle que soit sa forme, est la conséquence d’une vision dualiste et discriminante ». Et ces mots, ces phrases, renforcent ma première impression d’il y a quelques trente-quatre années auparavant.

Quand j’étais enfant, dans la famille d’accueil à la ferme, je fus obligé d’aller à la messe, de suivre le cours de catéchisme, de devenir chrétien, catholique, et même enfant de chœur ; cela m’ennuyait beaucoup, et à l’âge de douze ou treize ans, à l’heure de la messe je partais dans les bois ramasser les champignons, ou parler directement avec Dieu ou autre divinité, ou même avec les arbres…

Puis quand je commençais à travailler, j’aurais dû devenir un « camarade », faire des grèves et des manifestations ; et même si j’ai fait quelques grèves et manifestations, je les ai toujours faites en mon nom seulement, sans devenir ce « camarade » qu’on aurait aimé que je fusse.

Et puis, quand j’arrivais au Village des Kakis (ancien nom du Village des Pruniers), Thầy ne me demanda pas de devenir Bouddhiste ou d’apprendre le Bouddhisme, ni même la méditation, et encore moins de croire à cela… Thầy me posa simplement quelques questions sur la culture des pruniers et ce que je pensais de son village, si cela était « une bonne idée », qu’est-ce que cela deviendrait… Une seule fois Thầy me demanda une chose :

« Jean-Pierre, vous n’avez pas besoin d’apprendre toutes ces choses difficiles du bouddhisme, venez juste au Village vivre avec nous »

La Vue Juste

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