Après cinq années à la Maison de l'Inspir...lettre de Sr Dao Nghiem

20 Novembre 2015 ,

Sans venir, sans partir
Ni avant, ni après
Je vous tiens près de moi et vous laisse pour être libre
Parce ce que je suis en vous et vous ĂŞtes en moi

Après cinq années à la Maison de l'Inspir...lettre de Sr Dao Nghiem
Chère Communauté bien-aimée de la Maison de l'Inspir,

Tôt ce matin, assise sous un saule pleureur dans le jardin du Hameau du Bas, mes pensées sont allées vers vous, tou(te)s les ami(e)s que j'ai pu croiser à la Maison de l'Inspir durant ces cinq années. Mardi dernier je suis revenue au Village des Pruniers cinq ans exactement après mon arrivée à la Maison de l'Inspir en novembre 2010.

Comme je n'ai pas eu l'occasion de dire au revoir à la plupart d'entre vous avant mon départ, par ces quelques lignes je voulais vous exprimer ma gratitude pour tous ces moments que nous avons partagé ensemble, pour votre soutien par votre présence, votre aspiration à amener la paix, la compassion, la pleine conscience dans votre quotidien.
Nous avons échangé des sourires, des regards, des mots, des pas en pleine conscience le long de la Marne, des repas en silence, des tasses de thé, des fous rires mais aussi des larmes de désespoir mais aussi de bonheur... Tant de moments qui resteront gravés en moi et m'aideront à continuer mon chemin.

Le Village des Pruniers est Ă  la Maison de l'Inspir, la Maison de l'Inspir est au Village des Pruniers. Nous nous reverrons c'est certain. Je vous souhaite une belle continuation de votre pratique. Toutes mes Soeurs Ă  la Maison de l'Inspir sont lĂ  pour vous et vous offre un merveilleux refuge de paix et d'amour.

Je continuerais autant que je peux, Ă  mettre des articles sur le blog de la Maison de l'Inspir pour rester en lien avec vous tous.

"Chaque respiration, un miracle
Chaque pas, un miracle
Chaque moment, un mira
cle"


Avec gratitude, amour et paix

Soeur Dao Nghiem

Cher Monsieur le Président,

18 Novembre 2015 ,

Cher Monsieur le Président,
Cette lettre émouvante a été écrite par une de nos soeurs française et enseignante du Dharma dans la tradition du Village des Pruniers, actuellement résidant au monastère de Deer Park en Californie. Thay (Thich Nhat Hanh) nous a souvent invité à écrire "des lettres d'amour" à nos politiciens dans les moments de chaos, de confusion, de peur. Beaucoup d'entre nous se souviennent de la lettre écrite par Thay au Président George W. Bush en 2006. (Vous trouverez la traduction à la suite de ce message) (en cliquant sur le mot Président en bleu ci-dessus vous pourrez lire la lettre originale en anglais écrite par Thay)
Peut-être serez-vous inspiré par la lettre de Thay et de Sr Mai Nghiem pour regarder profondément dans votre coeur et vous-même en écrire une.

Mardi 17 novembre 2015, San Diego, Californie.

Monsieur le Président de la République
Palais de l’Elysée
55, rue du faubourg Saint-Honoré
75008 Paris
France

Monsieur le Président,

Ce matin, quatre avions militaires sillonnent le ciel au-dessus de nos montagnes. Ils me font penser à la France. Je suis en Californie depuis un an, mais ces derniers jours mon coeur et mes pensées ne cessent de prendre leur envol vers le pays natal.

Mes pensées vont aussi vers vous, Monsieur le Président, père d’une patrie choquée, qui doit, à l’heure qu’il est, faire face à une situation douloureuse et complexe, à une pression politique et médiatique extrême, le tout engendrant sans aucun doute bien du stress et des nuits sans repos.

Merci d’accepter cette tâche difficile de capitaine de navire et de la mener avec un grand sens de la responsabilité et du devoir.

Dans la nuit du 13 novembre, bien des membres de ma famille francaise sont morts. Une partie de moi est morte avec eux. Et de la vulnerabilité de mon coeur meurtri, une voix se fait entendre: l’écho de mes pleurs dans les sanglots de mes frères et sœurs syriens, l’écho de mon désespoir dans les appels au secours de tous ces hommes et ces femmes qui souffrent, un peu partout, de la perte des leurs, de la violence, de la terreur et de la guerre.

Je sais, aujourd’hui plus qu’hier, de la profondeur de mon âme blessée, que je ne souhaite à aucune famille de verser ces larmes amères.

Comme le disait le Pape François dans son discours acclamé au Congrès américain “Souvenons-nous de la Règle d’Or : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour les autres aussi ».

Monsieur le Président, nous apprenons dans nos livres d’histoire comment l’humiliation allemande du Traité de Versailles de 1919 fut une perche tendue pour la montée du pouvoir hitlérien, comment les bombardements du Cambodge en 1973 furent une campagne efficace de recrutement pour les rangs des Khmers Rouges ou encore combien la guerre en Irak fut un combustible pour le feu du fanatisme islamiste.

Dans la situation de crise mondiale actuelle, il est si facile de se laisser happer par l’urgence (bien réelle pourtant), l’agitation et la frénésie ambiante.

Puissions-nous ensemble, tout en répondant au besoin impératif de protection de la population, prendre aussi le temps de se souvenir, d’écouter et d’apprendre de l’Histoire et des souvenirs de ceux qui en témoignent;

Puissions-nous ensemble, dans un monde où le passé peut être retouché de manière si réelle et poignante (comme le montre récemment le film “Le Fils de Saul”), honorer de nos actions responsables, intelligentes et éclairées le souvenir de tant de morts et de souffrance et ne donner aucune chance à nos enfants de revivre de pareils traumatismes;

Puissions-nous ensemble œuvrer à la construction d’un monde où l’écoute attentive et compatissante des souffrances endurées de part et d’autre, prévale sur l’escalade inutile d’une violence qu’aucun être ne souhaite, où le désir de compréhension profonde et de réelle entente triomphe de nos préjugés, de nos peurs et de nos soifs de revanche ou de pouvoir;

Afin qu’ensemble nous puissions, comme le dit Gandhi, non seulement ne pas rendre le monde aveugle, mais aussi allumer une étincelle de vie, d’espoir et d’amour dans les yeux de ses habitants.

Monsieur le Président, je suis confiante que les livres d’histoire et les générations à venir se souviendront de vous comme celui qui sut être “la force tranquille” dont la nation avait tant besoin dans un chaos de peur et de colère; comme un capitaine avisé qui sut conduire son navire vers des eaux apaisées; comme le sage et courageux commandant des gardiens d’une réelle Paix; comme le berger qui sut prendre soin de ses brebis au-delà des frontières de ses pâturages.

Car tous, nous préférons le joyeux gazouillement du merle aux rafales des armes et le vol libre et majestueux de l’épervier à celui des avions militaires.

Sachez Monsieur le Président, qu’en ces heures sombres, sur le chemin ardu qui est le vôtre, vous ne marchez pas seul. Les pensées de soutien et de courage de beaucoup vous accompagnent.

Avec toute ma gratitude et ma confiance,

Votre enfant parmi tant d’autres,

Soeur Mai Nghiem

Cher Monsieur le Président,

Village des Pruniers
Le 8,8, 2006

Honorable George W. Bush
The White House
Washington D.C., U.S.A.

Cher Monsieur le Président,

Hier soir, j’ai vu mon frère (qui est mort il y a deux semaines aux USA) dans un rêve. Il revenait me voir. Il était avec tous ses enfants. Il m’a dit « Tous ensemble, rentrons chez nous». Après une milli seconde d’hésitation, je lui ai répondu joyeusement, « OK, allons-y ».

Me réveillant de ce rêve ce matin à 5h, j’ai pensé à la situation au Moyen-Orient, et pour la première fois, j’ai été capable de pleurer. J’ai pleuré très longtemps, et je me suis senti beaucoup mieux après environ une heure. Ensuite je suis allé à la cuisine et je me suis fait du thé. Tout en me préparant du thé, j’ai réalisé que ce que mon frère m’avait dit, était vrai : notre maison est assez large pour nous tous. Rentrons chez nous comme des frères et sœurs.

Mr le Président, je pense que si vous pouviez vous permettre de pleurer comme je l’ai fait ce matin, vous vous sentiriez vous-aussi beaucoup mieux. Ce sont nos frères et sœurs que nous tuons là-bas. Ils sont nos frères, Dieu nous le dit, et nous le savons nous-aussi. Peut-être ils ne nous voient pas comme des frères à cause de leur colère, leur incompréhension, leur discrimination. Mais avec un peu de conscience, d’éveil, nous pouvons voir les choses d’une façon différente, et cela nous permettrait de répondre différemment à la situation.

J’ai confiance en Dieu en vous, j’ai confiance en la nature de Bouddha en vous.

Merci d’avoir lu ma lettre.

Avec gratitude et fraternité

Thich Nhat Hanh

Village des Pruniers

Une lettre d'Alexis de Montréal

15 Novembre 2015 ,

Chers amis de partout,

Je vous écris depuis Montréal. Vendredi j’ai perdu mon cousin dans les attentats commis en France. Face à cette terrible nouvelle, j’ai pleuré. Eric était papa d’une petite fille et sa compagne doit accoucher dans deux mois. Tellement de choses se bousculent dans ma tête.

J’inspire, j’expire.

Eric, tu étais (et tu es dans mon cœur) un être animé de joie. Je vais te rendre hommage en étant joyeux et en prenant soin d’apporter la joie chez les autres. Aujourd’hui, je veux apporter cette joie dans cette violence, cette souffrance sans nom. Tu es un exemple et je te ferai honneur et suivant ton chemin de joie et d’ouverture d’esprit.

J’inspire, j’expire

Je n’ai pas cédé à la colère et à la demande de vengeance. Car c’est la colère et la vengeance qui animent cet acte odieux. Aujourd’hui, je veux juste tenir dans mes bras mes proches, des inconnus et leur dire que je les aime. Seul l’amour nous fera sortir de ce cercle de souffrance.

J’inspire, j’expire.

En perdant un proche, je suis conscient de ce que vivent des gens par le monde au quotidien, qu’ils soient en Irak, en Syrie, en Afghanistan mais aussi aux Etats-Unis. Tous les jours, des gens sont tués par balle partout dans le monde. Aujourd’hui j’ai l’occasion de me joindre à eux, leurs proches et de leur exprimer ma compassion.

J’inspire, j’expire.

A la haine, à Mara et à tous ceux qui tombent dedans, je vous vois. Vous n’êtes qu’une illusion et je ne m’identifierai pas à vous. Dans mon chemin de paix, il n’y pas d’exception. Face à la souffrance, j’observe et je laisse passer. Je ne m’oppose pas. Je ne m’identifie pas. J’offre aussi de l’amour à ces hommes qui tuent. Même si je condamne entièrement leur acte, je ne peux pas oublier que c’est une part de la souffrance collective qui les habite. Je fais le vœu de travailler sur mes propres souffrances afin d’aider à diminuer, à mon humble niveau, la souffrance collective.

J’inspire, j’expire.

Aujourd’hui, les gens se parlent, s’ouvrent des portes qui étaient fermées, sont solidaires. Même si cette vague n’a qu’un temps, je veux voir aussi cette présence, ce soutien, cet amour de l’autre. Je suis triste que cela n’arrive que dans les moments de désespoir et heureux de me dire que cela existe toujours. Je fais le vœu d’entretenir cet esprit d’ouverture en moi et d’accompagner l’autre à s’ouvrir.

J’inspire, j’expire.

J’inspire, j’expire.

J’inspire, j’expire.

Alexis, Wake Up Montréal.

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