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Troisième message de la Retraite d’Hiver chez soi

17 Décembre 2018

Troisième message de la Retraite d’Hiver chez soi

Chère Communauté,

 

Savons-nous dans notre vie quotidienne générer un sentiment, une sensation de joie ? L’avons-nous vraiment expérimentée ? Est-ce que, une seule inspiration, expiration, a pu nous apporter ce sentiment, cette sensation de joie ?

 

Thây nous a souvent enseigné que cela est possible dès le premier pas, la première inspiration, mais peut-être lorsque nous faisons ce premier pas, cette première inspiration, nous ne ressentons rien… n’est-ce pas ? Et alors sans doute il nous faudra encore beaucoup de pas et de respirations conscientes pour un jour pouvoir dire : « oui, je ressens de la joie, du bonheur, dès le premier pas, dès la première inspiration ». Et il est aussi possible que la plupart du temps nous ne ressentions rien de particulier lors de notre marche, de notre assise ; c’est une sensation qui est encore neutre teintée d’une possible lassitude à cause de la répétition, teintée d’un ennui, parce que cela ne nous apporte pas l’effet tant attendu assez rapidement…

 

La joie est une pratique, c’est une méditation à part entière, ce n’est pas un endroit où nous allons arriver un jour ou l’autre, ou pas d’ailleurs, au gré des intempéries, des soucis de notre vie.

Lorsque Thây nous demande de générer une sensation de joie dès le premier pas, c’est une pratique de pleine conscience du corps dans le corps, paisiblement, que l’on peut faire tout de suite :

  • Nous avons un corps avec une respiration et dès le premier pas de notre marche, nous sommes attentifs à ce corps et à cette respiration, conscients(es) de nos pieds, nos jambes, nos poumons où l’air entre et sort ; conscients(es) du sol que nous foulons, de la terre, des arbres, de l’herbe ; conscients(es) des oiseaux, de leurs chants, de tous ces petits animaux qui vivent là dans le sol, les plantes, les minéraux ; conscients(es) de tous les amis, amies, qui pratiquent comme nous ; et si nous sommes seuls, conscients(es) des autres personnes qui ne pratiquent pas comme nous, qui parlent, qui courent, qui font du vélo,… mais cela ne nous dérange pas car nous ne faisons plus qu’un avec notre entourage immédiat, notre corps, notre respiration.
  • La joie est aussi une pratique du lâcherprise de nos afflictions, de nos soucis, de nos regrets ou encore de nos inquiétudes ; au moins à ce moment-là.

 

Lorsque nous marchons dans nos soucis, nous ne sommes pas vraiment présents(es) et nous ignorons totalement que nous avons un corps, une respiration ; nous ne voyons plus la présence de nos amis, amies, de notre famille, de nos enfants, de notre environnement ; nous ne savons même plus que nous avons des jambes qui marchent, des bras qui bougent, un cœur qui bat… et du coup, notre corps se raidit, s’affaisse, se nourrit des toxines que notre esprit soucieux diffuse partout en lui.

Notre corps est un véhicule précieux et merveilleux que nous devons entretenir en ayant une vie saine où nous ne sommes plus emportés par le flot tumultueux de nos pensées.

  • Revenir à notre corps à cet instant, juste en étant présent à nos pas, notre souffle, légèrement et librement, c’està-dire libre des soucis et des préoccupations, maintient notre véhicule en bon état, notre corps en bonne santé, ne permettant pas aux toxines de se développer.

 

Ceci pour aborder la Porte de Libération sur l’Absence de Signe, dans la continuité de l’enseignement de Thây, du 5 juin 2014, où apparaît cette notion de différents corps qui peuvent composer tout notre être ; nous n’avons pas qu’un seul corps, limité à ce que nous paraissons physiquement et ayant une existence séparée.

 

 

 

Le corps physique : - asseyons-nous, marchons, ou même allongeons-nous sur le sol, et voyons de quoi est composé notre corps :

  • Il ne se limite pas seulement à sa forme apparente, et nous pouvons voir profondément que ce corps est composé de grandes quantités de cellules humaines et non humaines, de bactéries innombrables, de tous petits êtres vivants sans lesquels nous ne pourrions survivre nousmêmes. Voyons que notre corps est à lui seul une véritable communauté immense.

 

  • Le corps de Bouddha : chacun, chacune d’entre nous à la capacité à devenir un être éveillé et nous portons en nous cette capacité à chaque instant de notre vie ; cette capacité, cet état d’éveil est toujours là présent en nous et disponible, qui n’attend qu’une seule chose, que nous le touchions et le fassions germer telle une graine de lotus. Pour cela, prenons le temps de nous arrêter, quelques secondes suffisent, afin de toucher la vie présente en nous sans être emportés(es) par nos pensées, ne seraitce même qu’une toute petite pensée, conscients(es) de notre respiration pour générer et expérimenter cet état de libération (un son de cloche peut aider beaucoup)

 

  • Le corps du Dharma : c’est le corps de la pratique spirituelle, l’entraînement de l’esprit à ne plus être contraint par les préoccupations, mais plutôt à se sentir libre et léger dans notre façon de vivre au quotidien, là où nous nous trouvons : ouvrir le robinet d’eau doucement pour se laver les mains, ou boire, et voir clairement d’où vient cette eau, c’est déjà avoir une pratique spirituelle, c’est déjà manifester son corps de Dharma ; cela veut dire que nous sommes déjà capables de générer notre esprit d’éveil, conscients(es) de notre corps, de notre environnement, de l’eau qui coule sur nos mains…. L’eau ne vient pas seulement du robinet !

 

  • Le corps de la Sangha : dans la pratique de la méditation nous devons avoir un endroit où nous réfugier, un refuge, qui s’appelle la Sangha, la Communauté BienAimée, qui prendra soin de nous lorsque nous sommes perdus ; si nous restons seuls(es) nous pourrions alors être bientôt comme desséchés(es). Rejoindre ou créer une Sangha pour nous soutenir dans notre pratique avec des amis, amies, qui cultivent comme nous le jardin de la pleine conscience du corps et de l’esprit.

 

  • Le corps hors du corps : voici un exercice très simple et facile à mettre en œuvre pour entrer en contact avec, par exemple, le corps de notre Maître hors de son corps, que nous touchons très souvent sous la forme d’enseignements DVD, sous la forme de livres, de calligraphies, de souvenirs intimes, mais aussi sous la forme de Frères et de Sœurs monastiques ou laïques, etc… Et pour nous, où se trouve notre corps hors du corps ?

 

  • Le corps de continuation : il est là aussi très aisé de voir le corps de continuation de Thây dans notre façon de marcher, de s’assoir, de respirer ou de générer une sensation de joie, un sentiment de paix ; dans notre façon de mettre en pratique les enseignements dans notre vie de tous les jours. Si la joie est présente, ou la paix, le bonheur, si notre pratique inspire et nourrit de nombreux amis, amies, de notre communauté ou dans notre travail, famille, alors c’est sûr, nous sommes le corps de continuation de notre Maître.

 

  • Le corps cosmique : tout le monde sait bien que nous sommes composés des mêmes éléments qui se trouvent dans le cosmos, que ce soit les atomes, les molécules, ou autres photons, bactéries, cellules, etc… nous faisons partie intégrante de notre planète, la Terre, de la nature, du soleil, de la lune, de tout ce qui compose l’univers comme les corps célestes, les astéroïdes et autres météorites, etc…  et si nous pouvions imaginer enlever un seul de ces éléments alors sans doute nous ne pourrions pas être là nous plus. Essayons de voir d’où est venue la vie alors même que la Terre n’était encore qu’un bloc de roches en fusion…

 

  • Le corps ultime : C’est le niveau le plus profond du cosmique : la nature de réalité même. Notre conscience du tréfonds, l’Alaya, est capable de toucher directement la réalité en soi, audelà de toute forme, de toute apparence, de toute notion ; au-delà de la discrimination entre l’être et le non-être, la vague et l’océan. C’est l’Inter-Etre, c’est la vision directe à  que toutes les choses, tous les dharmas, sont imbriqués les uns dans les autres pour pouvoir se manifester ensembles, de la plus lointaine galaxie jusqu’au plus petit grain de poussière. Tout ce que nous pouvons voir et ressentir mais aussi tout ce que nous ne voyons pas et ne ressentons pas, parce que nous sommes là pleinement présents à cet instant et parce que nous ne sommes pas en dehors de la conscience de l’InterEtre… C’est encore la vision claire de tous nos corps qui composent notre être. Essayons alors de toucher cela lorsque nous préparons un plat pour manger, du chou vert par exemple : en lavant et coupant le chou vert essayons de voir le corps ultime du chou ; peut-être au début nous pensons que le chou vert est juste un chou vert bien réel qui se trouve là en tant que chou vert : cela risque d’être une croyance pas plus. Alors en tant que pratiquant nous allons porter un regard plus profond afin d’aller au-delà de l’apparence et voir que ce chou vert est composé de plein de choses qui ne sont pas le chou vert, comme la terre, la pluie, le soleil, le jour et la nuit, le jardinier, la graine du chou, etc… peu à peu nous commençons à vraiment apercevoir le chou avec tous ses corps de manifestation, c’est notre pratique. Puis un jour nous prendrons le chou vert dans nos mains et nous dirons : « cher chou vert, je te vois vraiment maintenant, je vois ta vraie nature d’inter-être, et quand je t’observe profondément je sais que tu n’as pas d’existence séparée, de tous les dharmas, de toute chose, ni de moi-même, je suis en toi et tu es en moi… » ; c’est le corps ultime du chou au-delà de toute discrimination, c’est la vision directe à partir du tréfonds. Alors nous pourrons dire que nous « voyons » vraiment le chou parce que nous serons capables de voir sa vraie nature interdépendante.

 

« Un esprit clarifié et tranquille n’est ni borgne ni aveugle, il embrasse tous les aspects de la réalité. La feuille de légume que vous tenez dans votre main devient le corps sacré de l’ultime réalité et ce corps que vous tenez avec respect redevient simple légume… »

Maître Dôgen (Instructions au cuisinier zen)

 

« Nous voulons tous savoir d’où nous venons et où nous allons. Et par-dessus tout, nous voulons être heureux. L’humanité a donné naissance à de nombreux artistes talentueux : musiciens, architectes… mais combien d’entre nous ont maîtrisé l’art de créer un moment de bonheur pour nous-mêmes et pour notre entourage ? »

Thích Nhất Hạnh (L’art de vivre)

Troisième message de la Retraite d’Hiver chez soi

Programme

12 Décembre 2018

Programme

Enseignements

Cet hiver, il y aura beaucoup d’enseignements et de sessions de questions et réponses avec les frères et sœurs :

Dimanche 16 décembre :       Questions et réponses avec les frères et sœurs

Dimanche 23 décembre :       Enseignement de sr Giac Nghiem

Mardi 31 décembre :              Enseignement de sr Giac Nghiem dans la Salle de Méditation et enseignements     pour les jeunes adultes en bas par Sr Su Nghiem et une autre sœur 

Dimanche 6 janvier :              Questions et réponses avec les frères et sœurs

Dimanche 13 janvier :            Enseignement de frère Phap Lieu

Jeudi 17 janvier :                    Questions et réponses avec les sœurs

Bien sûr , on continue de se nourrir aussi avec les enseignements de notre maitre.

 

Noël et Nouvel An

La Maison de l’Inspir sera ouverte comme d’habitude du jeudi 20 décembre  au dimanche 23 décembre.  Ce dimanche_là, nous célébrerons  Noël avec un enseignement de sr Giac Nghiem et un être-ensemble-dans-la-joie l’après-midi.  Nous chanterons des chansons et ça sera aussi une occasion pour des partages ou de petites performances.

Le 24-28 décembre, la Maison sera fermée pour réouvrir du samedi 29 décembre au  mardi 1 janvier (midi). Nous sommes désolées qu’il ne reste plus de places pour dormir ces jours-là. Par contre, vous serez les bienvenues pour  venir la journée/soirée. Pour le réveillon, il y aura un programme spécial :

16.00   Accueil 

16.30   Atelier d’écriture de lettre pour le nouvel an                                                               

17.30   Marche méditative, feu de camp, chant d’Avalokita                       

18.30   Dîner

20.00   Enseignement

22.00   Relaxation profonde       

23.30   Cérémonie de Nouvel An 

La Maison de l’Inspir sera fermée du mercredi 2 janvier au samedi 5 janvier.

Le dimanche 6 janvier, il y aura une journée de pleine conscience comme d’habitude.

Les samedis

Le samedi 22 décembre, il aura une présentation sur 'prendre soin de nos rélations' le matin et l'après-midi, il y aura une partage sur le dharma.

Le samedi 19 janvier, vous aurez la chance de pouvoir pratiquer le Tai Chi avec Madame Bich . Attention : pour cet atelier, il faut s’inscrire et les places sont limitées.

Le 26 janvier, nous accueillerons avec beaucoup de joie les jeunes adultes pour une journée Wake Up.

 

Récitation des 5 et 14 entrainements

La première récitation de l’année aura lieu le 12 janvier.

Attention ! Pendant les mois de février et mars, la récitation ne tombera pas sur le deuxième samedi du mois, mais sur le troisième samedi. (à cause du TET et de la retraite monastique)

 

Fin de la Retraite d’hiver

Dimanche 17 février, c’est la fin de la retraite d’hiver. Il y aura une cérémonie pour laquelle nous nous rassemblerons tous à Verdelot . La Maison de l’Inspir sera donc fermée.

 

Fermeture après la Retraite d’hiver

Après la Retraite  d’hiver, la Maison fermera du 21 février au 10 mars pour la Retraite Monastique suivie de 9 jours de paresse pour les sœurs. La Retraite de printemps commencera donc le jeudi 14 mars.

 

Deuxième enseignement de la retraite de juin 2014

6 Décembre 2018

Voici la traduction de l'enseignement de Thay de ̀5 juin 2014:

Première partie

Deuxième partie 

Thay parle sur 'comment produire un moment de bonheur?' et sur nos differents corps: le corps du dharma, le corps du sangha,..........

INSPIR’ACTION, La Pleine conscience en action 

4 Décembre 2018

INSPIR’ACTION, La Pleine conscience en action 

Des pratiquants dans la tradition du village des pruniers, soutenus par des enseignants du dharma laïques et monastiques ont créé Inspir’Action. Une association dont l’objet est d’apporter une réponse au souhait de Thay de mettre la pleine conscience au service du monde du travail: l’éducation, l’entreprise et la santé.

Sa vocation est d’accompagner les personnes et les organisations. De les aider à cultiver au quotidien les qualités de solidité, de stabilité et de joie pour un meilleur discernement et pour les aider à transformer les difficultés qu’ils rencontrent. 

Des week-ends dédiés aux professionnels de l’éducation sont organisés en collaboration avec les sangha :

Un premier week-end destiné aux professionnels de l’éducation a eu lieu en mai 2018 à Clermont-Ferrand. Le 20 et 21 octobre 2018,  Inspir’Action est intervenue à Toulouse  avec la sangha de l’île intérieur et le groupe Educ’Toulouse pour co-faciliter un deuxième week-end de pleine conscience pour les professionnels du secteur de l’éducation.

Nous étions une 40e de personnes réunies, majoritairement des enseignants, du primaire à l’université, qui pour la plupart découvraient la pratique du village. Le week-end a été très joyeux et a permis d’offrir aux enseignants présents un espace pour célébrer leur aspiration et prendre soin de leurs difficultés. Comme Educ’Toulouse propose des rencontres régulières, les personnes présentes qui le souhaitaient ont pu s’inscrire dans un chemin de pratique partagé.

Des journées dédiées aux acteurs du monde de l’entreprise :

Le 11 décembre nous lancerons à Lyon une première journée d’un cycle destiné aux professionnels du monde de l’entreprise. Nous serons 3 pratiquants membre de l’inter être et enseignant du dharma, à co-faciliter cette rencontre que nous avons conçue sur le modèle des journées de pleine conscience proposées au Village des Pruniers, pour offrir avant tout un espace de pratique et de ressourcement aux participants.

Nous avons également été contactés pour réfléchir à des projets dans le secteur de la santé. Notre action prend progressivement une dimension francophone, avec l’arrivée de Michaël de la sangha belge.

Toutes ces rencontres sont proposées en participation consciente. Nous espérons ainsi pouvoir prendre en charge nos frais, rémunérer notre investissement en mode « sobriété heureuse » et soutenir le village.

Il est encore possible de s’inscrire pour la journée du 11 décembre. Le nombre de places est limité car nous souhaitons privilégier la profondeur des échanges interpersonnels.

Vous pouvez également nous contacter si votre sangha est intéressée par l’organisation d’un week-end sur l’éducation qui pourrait également permettre la création d’un groupe Educ’… comme il en existe déjà à la Maison de l’Inspir et à Toulouse.

Pour le collectif Inspir’Action, contact@inspiraction.fr

Deuxième message de la Retraite d'hiver chez soi

2 Décembre 2018

 

Chères amies, chers amis,

 

nous sommes heureux de vous retrouver pour ce deuxième message de la retraite d'hiver à la maison.

Nos messages cette année s'appuieront beaucoup sur les enseignements de Thay pendant la retraite de trois semaines, au mois de juin 2014 ; aujourd'hui c'est l'enseignement du 3 juin 2014 qui va nous guider. Vous pouvez l'entendre, nos soeurs l'ont mis sur le blog le 23 novembre, merci à elles ! Merci à elles pour les photos de l'ouverture de la retraite à Verdelot, merci à elles de mettre cette retraite de juin 2014 au coeur de notre retraite actuelle.

 

Nous sommes presque en hiver, et nous écoutons Thay qui parle au mois de juin ; il parle au début de l'été, dans l'exubérance des jardins fleuris, et nous l'écoutons au début de l'hiver, avec les arbres qui perdent leurs feuilles, et les fleurs qui se font rares. C'est beau, cette rencontre de l'hiver et de l'été.

 

Cet enseignement du 3 juin 2014, qui guide notre message d'aujourd'hui, est le premier de la retraite de trois semaines ; Thay dit que c'est une introduction à cette retraite, et qu'il va redire des choses que nous connaissons déjà "mais nous devons les répéter ; par exemple quand nous prenons l'avion, on nous répète toujours les consignes de s'attacher, et donc pour pouvoir bien profiter de la retraite nous devons attacher notre ceinture."

Décidément oui, c'est bien un voyage cette retraite ! Et Thay va nous donner les consignes de sécurité ; et comme en avion ce sont des consignes importantes, notre vie peut en dépendre.

 

"La pratique de la pleine conscience peut nous aider à générer un sentiment de joie, un sentiment de bonheur, à n'importe quel moment que nous le souhaitons : c'est possible"

 

Générer un sentiment de joie, l'art du bonheur

C’est le sujet de tout le début de l'enseignement, et à de nombreuses reprises Thay répète (en souriant) que c'est possible, que c'est facile, que c'est très simple...

Ce n'est pas toujours notre impression, n'est-ce pas, cette facilité, cette simplicité. Quelquefois cela nous paraît impossible d'être heureux. Est-ce que nous nous compliquerions la vie ?

Quelquefois oui, certainement. Mais quelquefois nous traversons des épreuves tellement difficiles, comment imaginer pouvoir alors être heureux ? "Générer un sentiment de bonheur à n'importe quel moment que nous le souhaitons" ? est-ce réaliste ? (1)

 

Pour commencer il s'agit d'être attentif à notre inspiration "cela peut prendre deux ou trois secondes, et pendant que vous êtes avec votre inspiration, vous retournez à la maison en vous-même [...] une inspiration est assez pour ramener votre esprit à la maison de votre corps, et quand votre esprit et votre corps sont ensemble, alors vous êtes établi dans l'ici et vous êtes pleinement présent."

Il s'agit d'un voyage, mais d'un voyage intérieur. Il suffit d'une inspiration, une seule.

Revenir, sur une inspiration, à l'intérieur, là où nous avons peur souvent de nous tenir.

Et ainsi revenu, ainsi réuni, ainsi établi, ainsi présent "vous commencez à découvrir qu'il y a tant de merveilles de la vie qui sont disponibles, en vous, et autour de vous.[...] nous sommes dans le Royaume de Dieu, dans la terre pure du Bouddha, et une inspiration a suffi [...] il a suffi d'une inspiration, faite en pleine conscience."

 

UNE PRATIQUE QUE NOUS POURRIONS FAIRE, APRES NOUS ETRE AINSI POSES DANS NOTRE INSPIRATION

 

Comme le propose Thay dans la suite de cet enseignement, prendre une feuille de papier, et faire la liste de toutes les conditions de bonheur que nous avons déjà :

          "Nous avons de nombreuses conditions de bonheur en nous, et autour de nous, beaucoup plus que ce dont nous avons besoin pour être heureux [...] et si nous ne sommes pas heureux c'est parce que nous ne sommes pas en pleine conscience".

Donc, écrire  avec soin tout ce qui nous rend heureux dans notre vie… Nous pouvons écrire aussi nos bonheurs du passé, qui nous ont construits, tissés.

Regardons bien, et respirons quand nous sentons que notre regard devient moins attentif.

Attention,  il faut préparer un bloc de papier, d'après Thay dix pages n'y suffiront pas !

 

Ce sentiment de bonheur que nous avons fait naître par une inspiration attentive, et un regard limpide sur les conditions de bonheur qui sont les nôtres, Thay l'appelle une nourriture. Il dit que nous avons besoin de cette nourriture, et que ceux qui nous entourent en ont besoin aussi, et que nous pouvons la leur offrir.

Quand nous invitons nos amis pour un repas, pensons-nous à partager aussi, en plus des bons plats que nous avons préparés, cette nourriture-là ? ce regard posé sur les conditions de bonheur ?

Ce qui est frappant chez Thay c'est qu'il ne s'agit pas de faire la morale ; il ne s'agit pas de dire à un ami déprimé : "mais regarde, tu as tout pour être heureux ! ça n'a pas de sens de te plaindre comme tu le fais !". Il ne s'agit pas de lui faire honte ; il ne s'agit pas de balayer sa plainte.

De même d'ailleurs quand nous nous adressons à nous-même ; il ne s'agit pas de faire cette liste des conditions de bonheur qui sont les nôtres, et quand cette liste est faite, de la brandir comme un juge, en nous disant à nous-même : "tu vois, tu te rends compte, tu as tout pour être heureux, tu ne t'en étais même pas aperçu, tu es vraiment nul !" Non, il ne s'agit pas de compte à rendre, il ne s'agit pas de jugement, il s'agit de voir doucement la réalité du bonheur, sans obstacle.

Thay prend soin de préciser que cette liste, nous la faisons en nous posant dans notre inspiration ; nous ne la faisons pas avec fièvre, nous ne la faisons pas avec notre esprit seulement, nous la faisons "corps et esprit réunis" ; nous la faisons avec tendresse.

 

Embrasser notre souffrance, l'art de souffrir

"Quand vous retournez en vous-même à la maison, vous pouvez peut-être reconnaître qu'il y a du stress, des tensions dans votre corps, des sensations, des émotions douloureuses."

Eh oui, cette inspiration attentive qui nous permet de revenir en nous-même ('revenir à nous', pourrait-on dire, comme quand on se réveille d'un évanouissement), elle ne nous fait pas découvrir seulement les merveilles de la vie ; elle nous met aussi en contact plus direct avec nos peines.

C'est presque rassurant n'est-ce pas ; si ce n'était pas le cas, tout ce qui concerne l'art du bonheur pourrait paraître utopique.

Et que faire devant cette souffrance ?

La pratique de base, nous dit Thay, est de l'embrasser.

Par la méditation assise, par la méditation marchée, générer une grande énergie de pleine conscience (comme on voit dans les gares les petits stands où l'on peut recharger la batterie de son portable en pédalant, nous avons à recharger la batterie de notre pleine conscience par la respiration de notre méditation), et cette énergie peut alors, "tout comme une mère fait avec son enfant", embrasser notre souffrance. Embrasser, c'est le contraire d'être submergé ; embrasser, cela veut dire que la souffrance est contenue, elle n'envahit pas tout ; le bébé dans les bras de sa maman continue peut-être de souffrir, mais il est rassuré par ces bras qui ne tremblent pas, par la douceur de cette voix ; il est rassuré que sa maman soit venue ; elle aurait pu continuer à dormir, mais elle est venue, elle répond à ses pleurs, elle comprend qu'il souffre ; et elle n'en est pas complètement affolée, elle peut apporter du calme à son enfant.

Bruno Bettelheim, qui s'est beaucoup occupé d'enfants en difficulté après la seconde guerre mondiale, avait remarqué qu'après les bombardements de Londres, les enfants dont les mamans avaient paniqué sous ces bombardements, étaient beaucoup plus traumatisés que ceux dont les mamans avaient pu garder un certain calme, et rester capables de rassurer leur bébé, de leur chanter des chansons, de les entourer de douceur. Quand la vie semble autour de nous lourde de violences, la pleine conscience est comme ces mamans londoniennes sous les bombes, une instance contenante, qui nous permet de nous calmer.

 

UNE PRATIQUE INSPIREE PAR LE CHANT D'AVALOKITESVARA

Juste avant cet enseignement, comme à chaque début de retraite, il y a eu le chant d'Avalokitesvara chanté par la communauté et présenté par Thay;

cette présentation est toujours magnifique. Thay explique les trois temps du chant : le premier pour reconnaître notre propre souffrance, ouvrir notre coeur à cette reconnaissance de la souffrance, et à l'énergie guérissante générée par le chant et la méditation de la Sangha ; dans le deuxième temps c'est la souffrance de nos proches voisins que nous reconnaissons et confions a cette énergie de guérison . Dans le troisième temps c'est la souffrance du monde.

Quand Thay explique la façon dont la pleine conscience embrasse la souffrance, il a un très beau geste : sa main gauche devant lui fermée, et sa main droite qui s'approche de ce poing fermé, se pose, et le recouvre. Tout est dit dans ce geste.

Quand nous sentons qu'il y a une souffrance en nous qui demande à être embrassée nous pouvons visualiser ce geste dans notre méditation et peut-être le faire à notre tour : cela peut nous aider à mieux comprendre, corps et esprit réunis, le soin que notre 'maman pleine conscience' prend de notre souffrance;

et puis : quand nous vivons le moment de ce chant, ou quand nous en regardons une vidéo, nous comprenons que nous ne sommes pas seul avec notre souffrance, que nos amis prennent soin de nous, et que nous prenons soin d'eux.

Pour écouter le chant d'avalokiteshvara, cliquez ici

 

 

*  *  *  *  *  *  *  *  *

 

Chers amis, ce message est déjà long et nous n'avons pas pu parcourir ensemble tout l'enseignement de Thay qui nous guide aujourd'hui.

 

Chacune, chacun, nous pourrons ré-écouter la suite grâce à nos soeurs, voir comment Thay explique le deuxième pas dans l'art de la souffrance : pas seulement l'embrasser, mais en faire bon usage, la découvrir comme un ingrédient du bonheur ; et voir aussi dans la dernière partie de l'enseignement comment il nous invite à  développer notre "oeil de la non apparence", en nous exerçant par exemple à contempler une plante de maïs.

 

Tout à la fin, après l'enseignement, Thay dit encore quelques mots pour inviter à la méditation marchée ; ne les ratons pas ces mots-là, ils peuvent nous aider à marcher dans les rues, dans les chemins, et même dans les couloirs de métro !

Et soyons doux avec nous-même dans notre pratique ! la diligence, ça ne veut pas dire la sévérité ; si nous ne réussissons pas à réaliser tout ce que nous étions résolus à réaliser dans ce début de retraite, ne soyons pas sévères avec nous-même : ces difficultés que nous rencontrons peuvent devenir l'objet de notre pleine conscience ; "j'inspire, je vois que je suis en difficulté, j'expire, je laisse venir un sourire de compréhension et d'encouragement."

 

Et, avant que nous nous quittions, partageons quelques témoignages d'amis (si vous souhaitez nous envoyer les vôtres, nous serons heureux de les recevoir)

 

"Maintenant, ici, nous avons cette quête d'entrer dans ces moments précieux d'intériorité, en créant notre cadre [...] "Demeurer au même endroit,, c'est-à-dire le lieu de notre intériorité, notre nature profonde, et aussi, parfois, notre mère nature." [...] "En ce qui me concerne, je renouvelle mon engagement de continuer à pratiquer notre/ma Sangha pour être en paix, et transformer nos/mes souffrances et les difficultés dans notre coeur." [...]

"Voici un moment que j'apprécie et que je vous adresse : le vent qui souffle dans les arbres et fait tomber les feuilles, et qui fait dire "oh, on dirait qu'il neige des feuilles"! c'est beau ! Oui, elles sont de couleur jaune sur un tapis de feuilles jaune et rouille. merveilleux moment de bonheur dans la présence."

 

"Le temps automnal est comme une lumière qui s'allume pour lire et méditer !"

 

Bonne continuation chers amis, dans la beauté des arbres entrant doucement dans l'hiver !

 

 

(1)  Générer un sentiment de bonheur, dans les pires circonstances, certains arrivent à le vivre. Ainsi Etty Hillesum, jeune femme juive qui mourra à Auschwitz en 1943. Elle écrit à une amie, depuis un camp de transit où elle vit depuis plusieurs semaines : "Oui, la détresse est grande, et pourtant il m'arrive souvent, le soir, quand le jour écoulé a sombré derrière moi dans les profondeurs, de longer d'un pas souple les barbelés, et toujours je sens monter de mon coeur -je n'y puis rien, c'est ainsi, cela vient d'une force élémentaire- la même incantation : la vie est une chose merveilleuse et grande..."

Deuxième message de la Retraite d'hiver chez soi